« Le droit à la ville ne se réduit ainsi pas à un droit d’accès individuel aux ressources incarnées par la ville : c’est un droit à nous changer nous-mêmes en changeant la ville. C’est aussi un droit plus collectif qu’individuel, puisque, pour changer la ville, il faut nécessairement exercer un pouvoir collectif sur les processus d’urbanisation. »
— Henri Lefebvre, philosophe et sociologue

« Le droit à la ville est un signifiant vide. Tout dépend de qui va le remplir de sens. »
— David Harvey, géographe, City University of New York
 
 

Peut-on, avec 500 $, encourager un groupe de citoyens à transformer leur quartier? Selon Véronique Fournier, directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), cette modeste somme a servi d’étincelle. 

En 2014, l’organisation de Véronique Fournier a lancé Transforme ta ville en se basant sur un principe simple : allouer des fonds à des personnes pour lancer un projet de quartier de petite envergure. Selon elle, l’espace public se trouve au cœur de l’initiative. Le montant de 500 $ servait de « levier » pour encourager les résidents à participer à cet espace. L’idée était de permettre à quiconque, peu importe ses antécédents, de trouver sa place en contribuant au milieu bâti. 

 
 

Travailler à l’atteinte d’objectifs locaux, connecter les citoyens aux autorités municipales, sensibiliser les politiques, à la réglementation – et bien sûr – à ce qui freine le changement.

L’initiative a connu du succès au-delà des effets immédiats de tout « microprojet » proposé, de l’embellissement d’un passage supérieur à la création d’un passe-livre, en passant par le partage de jardins autrefois entièrement privés. Le fait de travailler à des objectifs locaux a rapproché les citoyens des responsables municipaux, sensibilisant les gens aux politiques, aux règlements et, sans surprise, aux obstacles du changement. Par exemple, des résidents du quartier Rosemont, à Montréal, qui voulaient créer des installations dans des espaces publics se sont rendu compte que des règlements les empêchaient de le faire. Ils ont finalement pu réaliser leur projet après avoir travaillé avec les autorités compétentes. 

 

 
TRANSFORME TA VILLE Transforme ta ville est un appel aux citoyens à effectuer des interventions pour se réapproprier l’espace public de Montréal, Laval et Longueuil, qu’il s’agisse par exemple de projets de quartiers verts, d’économie sociale ou d’art urbain. Plus de 70 projets ont été réalisés, dont voici quatre exemples. Crédit photos: Centre d'écologie urbaine de Montréal

TRANSFORME TA VILLE

Transforme ta ville est un appel aux citoyens à effectuer des interventions pour se réapproprier l’espace public de Montréal, Laval et Longueuil, qu’il s’agisse par exemple de projets de quartiers verts, d’économie sociale ou d’art urbain. Plus de 70 projets ont été réalisés, dont voici quatre exemples.

Crédit photos: Centre d'écologie urbaine de Montréal

 
 

Immortels multicolores
Notre-Dame-de-Grâce

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Des élèves d’une école primaire du quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, voulaient embellir le passage supérieur terne et gris qu’ils voyaient toutes les semaines en se rendant à pied à la bibliothèque. Dans le cadre du projet Transforme ta ville, ils ont planté des fleurs dans des bacs. Ils ont ensuite décoré la clôture de métal avec des couleurs vives et éclatantes. 

 

 

Boîte à livres-libre service
Le Plateau-Mont-Royal

La construction d’une boîte d’échange de livres, avec une section enfants et une section adultes, a permis de dynamiser les relations entre les citoyens du quartier. Cet outil de partage prône le développement durable, la récupération, le mieux-vivre ensemble, tout en faisant la promotion de la lecture.

 
 

Potager ruelle verte
Saint-Henri

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Par l’installation de bacs de plantation construits par les citoyens, l’agriculture urbaine a été mise de l’avant afin de réduire les dépôts sauvages et les nuisances sonores des camions. C’est aussi une éducation sur comment bien se servir de l’espace public à des fins environnementales.

 

Le radeau des enfants de Duluth
Le Plateau-Mont-Royal

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Dans un monde où tout va vite, on a maintenant rarement l’occasion de se rencontrer et d’apprendre à connaître nos voisins. La fabrication d’un placottoir ludique pour que les enfants et les parents s’y recontrent vise à briser l’isolement, à développer un lien de confiance. Ainsi, par les liens tissés à ce lieu de rencontre, une surveillance naturelle peut s’installer et un voisin peut surveiller les petits des autres, par exemple. 


 
 


À Laval, un projet citoyen a montré qu’une micro-initiative peut devenir un projet à la fois plus grand et plus durable. Des résidents locaux trouvaient que le parc des Coccinelles manquait de lieux ombragés et d’abris, ce qui limitait les activités en cas de mauvais temps et surexposait les visiteurs aux rayons de soleil lors des chaudes journées d’été. Les citoyens ont proposé d’installer des toits au-dessus des bancs, d’où le nom du projet éventuel Un toit sur mon banc

Des ordonnances municipales interdisaient la mise en œuvre de cette idée. Ne se laissant pas décourager, les responsables du projet ont réussi à obtenir l’aide d’étudiants de l’École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal ainsi que de l’École de l’innovation citoyenne, une initiative de l’ÉTS. Ces futurs professionnels, au fait des exigences techniques de la Ville de Laval, se sont lancés, pendant deux trimestres, dans un processus de conception et de prototypage de nouveaux toits. Un jury composé d’urbanistes, d’artistes et de responsables municipaux sélectionnera les meilleures propositions. 
 

 
100EN1JOUR Et si des centaines de personnes se réunissaient le même jour, chacune posant un petit geste, pour améliorer leur ville? C’est là l’idée derrière 100en1jour, un festival mondial d’engagement citoyen, dont la première édition canadienne a eu lieu à Montréal en 2013. Par exemple, en 2014, des employés d’un supermarché de Bedford, en Nouvelle-Écosse, ont appliqué une politique de mendicité inversée en donnant des aliments santé aux clients pour « combattre le cynisme et montrer que, parfois, il est possible de donner sans attendre quoique ce soit en retour » [traduction libre].  Crédit photo: Kristina Servant, Flickr

100EN1JOUR

Et si des centaines de personnes se réunissaient le même jour, chacune posant un petit geste, pour améliorer leur ville? C’est là l’idée derrière 100en1jour, un festival mondial d’engagement citoyen, dont la première édition canadienne a eu lieu à Montréal en 2013. Par exemple, en 2014, des employés d’un supermarché de Bedford, en Nouvelle-Écosse, ont appliqué une politique de mendicité inversée en donnant des aliments santé aux clients pour « combattre le cynisme et montrer que, parfois, il est possible de donner sans attendre quoique ce soit en retour » [traduction libre]. 

Crédit photo: Kristina Servant, Flickr

 


Le CEUM a aussi expérimenté ce qu’on appelle le budget participatif. Ce processus est apparu en 1989 à Porto Alegre, au Brésil. Il s’agit d’une façon de gérer les fonds publics en encourageant les résidents à participer à la gouvernance, généralement à l'échelle municipale. Il permet aux membres de la communauté de donner directement leur avis concernant l’allocation d’une partie du budget public municipal. 

Le CEUM a établi un partenariat avec le Participatory Budgeting Project (PBP) de la ville de New York afin d’en apprendre davantage dans ce domaine et de faire partie d’un réseau plus large de villes qui poursuivent un travail de transformation en répartition des pouvoirs. Le CEUM est désormais le partenaire québécois officiel du PBP. 

À Saint-Basile-le-Grand, au Québec, des résidents se sont vus confier la tâche de trouver une façon de dépenser une partie du budget municipal de 22 millions de dollars. Une part du budget a été consacrée à des projets proposés et votés par des résidents de 16 ans et plus. Les idées ne manquaient pas! En effet, les résidents ont proposé plus de 50 projets à un comité composé de membres de la communauté et d’employés municipaux, qui ont ensuite évalué leur faisabilité et leur coût. Avant la fin de 2014, le processus avait donné lieu à deux nouveaux projets : des passages pour piétons et des refuges piétonniers plus sécuritaires sur l’une des grandes rues de la ville, ainsi qu’une nouvelle place publique pour des rencontres, des activités culturelles et des circuits patrimoniaux ou simplement pour permettre aux gens de s’y reposer. 

À Saint-Basile-le-Grand, le rôle déterminant des nouvelles technologies était manifeste. Une entreprise à vocation sociale appelée Open North, qui crée des sites Web assurant la transparence gouvernementale, a pu fournir un simulateur de budget qui a calculé le budget participatif, et augmenté la participation des résidents au budget de fonctionnement de la ville. 

 
 

« Nous voulons créer une nouvelle culture de participation citoyenne en rapprochant les citoyens du processus décisionnel. »


Le maire de Saint-Basile-le-Grand, Bernard Gagnon, qui s’est engagé à entamer un deuxième cycle de budget participatif, a déclaré : « Nous voulons créer une nouvelle culture citoyenne, en rapprochant le citoyen du processus décisionnel ». 

Evergreen CityWorks a aussi abordé le thème de l’engagement citoyen. L’une de ses initiatives, La ville, c’est nous, avait comme objectif bien précis d’élaborer une vision et un plan d’action pour les villes. L’idée était de créer plus qu’un simple document d’orientation. Le projet visait à mobiliser la population canadienne afin qu’elle façonne l’avenir urbain du pays et qu’elle change le discours à propos des villes et des régions urbaines. 
 

 
LA VILLE, C'EST NOUS Les Canadiens d’un océan à l’autre ont été invités à s’engager de deux façons : 1) dans le cadre de tables rondes organisées partout au pays, 2) au moyen d’une plateforme d’externalisation ouverte en ligne. 75 tables rondes ont été organisées dans 35 villes. En tout, du 1er juin 2015, le site Web avait déjà reçu 13 100 visiteurs uniques. Crédit photo: Carmen Douville

LA VILLE, C'EST NOUS

Les Canadiens d’un océan à l’autre ont été invités à s’engager de deux façons : 1) dans le cadre de tables rondes organisées partout au pays, 2) au moyen d’une plateforme d’externalisation ouverte en ligne. 75 tables rondes ont été organisées dans 35 villes. En tout, du 1er juin 2015, le site Web avait déjà reçu 13 100 visiteurs uniques.

Crédit photo: Carmen Douville

 

Et s’il y a eu des idées formidables, la plus grande valeur ajoutée est l’émergence du réseau de facilitateurs Des villes pour tous impatients d’être des moteurs du changement dans leur milieu.

 


John Brodhead, commissaire de projet et ancien directeur d’Evergreen CityWorks, admet que l’initiative, bien qu’elle ait grandement dépassé les attentes en matière de mobilisation et de participation du public, a donné des résultats bien différents de ceux prévus. « Avant le lancement du projet, je croyais que nous en tirerions quelques grandes idées nouvelles, affirme-t-il. Même si de grandes idées en sont sorties, la plus grande valeur réside dans le nouveau réseau de responsables du programme La ville, c'est nous, qui étaient désireux de provoquer le changement à l’échelle locale. Nous n’avions pas prévu cela » [traduction libre]. 

 
 

 

Les responsables du programme La ville, c'est nous ont organisé des tables rondes et mené des projets de démonstration à Halifax, Calgary, Ottawa, Montréal, Winnipeg et Vancouver ainsi que dans des communautés autochtones de plusieurs villes. 

Le type de subventions communautaires ayant connu tant de succès dans Transforme ta ville a été amplifié par La ville, c’est nous sur la scène nationale, grâce à la nouvelle subvention pour l’innovation communautaire. Plus de 240 groupes ont fait une demande de financement en 2015, et 18 groupes finalistes ont reçu une subvention de 2 000 $ ou 5 000 $. 

« Les récipiendaires des subventions ont non seulement trouvé des solutions novatrices à ces problèmes, mais ils ont même pris des mesures immédiates pour les régler » [traduction libre], affirme M. Brodhead. 

 
 
IMAGINE MY CITY Imagine My City veut créer le modèle de participation citoyenne de l’avenir. Des subventions d’innovation communautaire ont appuyé la création d’un kiosque de réalité virtuelle testé au Nathan Phillips Square à Toronto dans le cadre du 50e Imagine My City a pour but d’élargir les possibilités de ce projet pilote à d’autres sites, où les citoyens auront l’occasion de mieux vivre des changements transformateurs au fur et à mesure de l’évolution de divers projets d’urbanisme. Crédit photo: imaginemycity.org

IMAGINE MY CITY

Imagine My City veut créer le modèle de participation citoyenne de l’avenir. Des subventions d’innovation communautaire ont appuyé la création d’un kiosque de réalité virtuelle testé au Nathan Phillips Square à Toronto dans le cadre du 50e Imagine My City a pour but d’élargir les possibilités de ce projet pilote à d’autres sites, où les citoyens auront l’occasion de mieux vivre des changements transformateurs au fur et à mesure de l’évolution de divers projets d’urbanisme.

Crédit photo: imaginemycity.org